Quelle folle et trépidante histoire d’amour. Un amour sans le A. Je vais donc l’exprimer sous sa forme simplifiée comme étant « la mour ». Eh oui, je suis une Miss, une vraie Miss pour ne pas dire une Lady. Je m’appelle Miss Tinguette, j’ai trente-huit ans et j’ai déjà vécu au moins …… ? Ben trente-huit ans !

 

Mais que m’arrive-t-il ? C’est incompréhensible ! Je ne sais pas ce que mon homme me reproche car je suis aux petits soins avec lui. C’est vrai, je prends toujours de ses nouvelles, au moins une fois toutes les deux heures ce qui est un acte d’attention et un dévouement hors du commun. Je le sais car il n’arrête pas de me le dire. Attention Tinguette, Attention !

Je suis soucieuse de l’endroit où il se trouve ainsi que des gens qu’il fréquente. C’est pour son bien. Il ne sait pas, lui, ce qui est bon ou pas ! Je m’intéresse, moi, à sa vie privée en lui posant tout un tas de questions, comme par exemple, en voici une :

  • « Tu es où, avec qui, comment elle s’appelle, tu rentres quand ? »

Et là il me raconte son essentiel et tout ce qu’il fait pour notre équilibre matériel :

  • « Je suis en réunion avec mon boss et je vais rentrer très tard »

Le pauvre ! Il travaille dur. Il est conseillé financier à la poste. Il aurait dû terminer tous les jours à 16h30 mais son « boss » le garde toujours pour des réunions. C’est parce que mon mari est compétent.

J’ai compris, bien plus tard, que c’était aussi un « con-pétant » plus haut que son cul.  

 

Notre vie intime et parfois sexuelle était parfaitement réglée. J’étais fière de moi. Une vraie horloge suisse. J’avais pris en compte mes menstruations, les jours fériés, le jour du seigneur, toutes les fêtes juives, le ramadan, les périodes scolaires même si nous n’avions pas d’enfant, le calendrier Maya, les périodes d’élections présidentielles ainsi que les matchs de coupe du monde pour être certaine que lorsque nous ferions « la mour », ce soit un véritable conte de fée ou plutôt de « fait-d ’hiver » car la seule date qu’il restait de libre par rapport aux astres était le 12 décembre.

Parfois, on faisait les fous et on rajoutait le 26 avril. Il était tellement excité que son impatience le faisait batifoler comme un enfant dans un pédiluve. Il me faisait rire à se démener ainsi. Ce n’était jamais long.

Je parle de la durée de l’acte, bien entendu. J’étais heureuse de notre épanouissement. Je n’ai jamais su ce qu’était un orgasme. Je m’amusais à crier, tourner la tête, à lui dire des mots cochons pour que tout aille très vite. Cela fonctionnait très bien. Il semblait heureux.

Tout de suite après l’acte charnel, il allumait la télé et fumait une cigarette, comme pour se reposer de tous ces efforts. Il ne me disait jamais si c’était bien ou pas. Je pense qu’il était pudique. Il ne me regardait pas non plus, toujours à cause de cette même pudeur.

 

Il me disait toujours que son patron était tyrannique, il s’appelait Florence. Lorsque les hommes ont du pouvoir, ils prennent souvent la grosse tête. Je n’ai jamais compris comment un patron pouvait se nommer Florence.

Il me parlait toujours de son patron. J’ai un séminaire avec mon patron, j’ai des réunions tard le soir avec mon patron, je dois monter mon patron à la direction. Et j’en passe.

Bien longtemps après, j’ai saisi que son patron était une femme. Et que lorsqu’il montait son patron à la direction, c’était vraiment au premier degré, il le démontait aussi et ce n’était pas un synonyme de redescendre de la direction. Il y travaillait à la direction. Il y était jour et nuit.

Ce qui m’a mis la puce à l’oreille c’est sa fiche de paye qui n’évoluait pas. Avec toutes les heures supplémentaires qu’il faisait, je me disais qu’il était gentil mon mari à faire du bénévolat au sein même de son travail.

 

Il était tellement introverti que l’on n’avait jamais de réelles discussions ensemble. La raison de cela était qu’il parlait beaucoup avec son patron Florence et qu’il était épuisé en rentrant à la maison.

Mais j’étais heureuse de l’attendre encore et encore comme une femme fidèle à ses principes et sa volonté de bien faire. Ceci-dit, j’ai essayé de me remettre en question et de comprendre si quelque chose n’était pas normale en moi, mais je n’ai rien trouvé. Je suis une Lady !

Un dimanche matin, alors qu’il était en réunion de travail avec son boss à la direction, je décidais de lui amener de délicieux biscuits que j’avais préparé avec amour.

En arrivant à la poste, tout était fermé à clé. Aucune sonnette. Je me mis à faire le tour de la bâtisse et je vis mon mari, à travers la vitre du bureau, en train de faire un massage cardiaque et du bouche à bouche à son patron Florence. Je me suis instantanément dit qu’il avait dû se passer quelque chose de grave.

J’ai tout de suite téléphoné aux pompiers, qui eux-mêmes ont appelé les gendarmes ainsi que la police nationale. Je vis une vingtaine d’hommes arriver sur les lieux, sirènes hurlantes puis défoncer la porte pour rentrer dans les couloirs du bâtiment afin de trouver les deux corps, nus, qui se « ré-animaient », car à mon avis ils s’étaient déjà animés et ils recommençaient une nouvelle fois.  

Face à autant d’hommes en uniformes, les deux collaborateurs n’ont pas eu d’autres alternatives que d’avouer la vérité. Une vérité que je n’ai jamais comprise.

Pourquoi ont-ils menti au niveau du malaise cardiaque ? Ils ont dit aux gendarmes qu’ils faisaient des galipettes sur le tapis. Des galipettes ? C’est quoi ça des galipettes ?

Moi j’ai bien vu mon mari en train de sauver son patron. C’est incroyable comme les gens sont parfois malsains et dans le jugement.

Ma copine paulette, qui est loin d’être une Lady, m’a dit un jour brutalement :

  • « Ma Tinguette, ton mari te trompe ! »

Je lui ai répondu :

  • « Cela peut arriver à tout le monde de se tromper ! »

 

Je n’ai jamais plus revu ma copine Paulette. Quant à mon mari, il est parti lui aussi. Il m’avait laissé un mot sur la table de la cuisine qui disait :

  • « Je n’en peux plus, je me casse ».

Je savais qu’il travaillait trop. Son boss l’a pompé jusqu’à la moelle avec toutes ces heures sup. Il a fini par faire une dépression ou un truc dans le genre. J’ai dû signer des papiers d’avocat et je suis retournée vivre chez mes parents qui se sont bien moqués de moi. Encore une fois.

 

Mais tout cela n’est rien par rapport au reste. Il est vrai que depuis j’ai beaucoup appris de mes erreurs mais je vous raconterai cela dans un prochain épisode de ma folle histoire de vie.