poeme discrimination frederic Vimes ecole Kaladvaita

L’obtention de mon BTS m’a conduite vers une licence en management, toujours en alternance, j’ai donc repris le cours de ma vie et continuer cette malveillance envers moi. Parce que oui, même si je n’en avais pas conscience, je me maltraitais à travers la nourriture ingérée, la relation avec mon corps et mon état d’esprit.

5 jours par mois, j’allais à côté de Compiègne pour suivre cette licence sans savoir que ce serait un tournant dans ma vie.

En octobre 2015, je suis devant ma salle de cours, en pause, avec plusieurs élèves de ma promo. C’est notre 2eme semaine de formation donc nous faisons connaissance encore. Plusieurs élèves d’une autre licence passent devant nous et une femme vient à ma rencontre. Elle voulait savoir si j’étais disponible après les cours pour discuter. J’ai dit « oui » sans même savoir de quoi il s’agissait et nous nous sommes donné rendez-vous sur le parking le soir même.

Aujourd’hui je sais qu’il n’y a pas de hasard dans la vie. Que je me trouve là où je dois être et qu’il est essentiel de suivre la voie du cœur.

A l’époque, mon côté rationnelle ne comprenait pas vraiment pourquoi j’avais dit oui à une parfaite inconnue sans même savoir le sujet de conversation.

Et je n’avais pas conscience des répercussions sur ma vie.

Cela aurait pu être l’histoire banale d’une discussion anodine sur un parking, le soir venu…En fait, après un échange sur nos licences respectives, nous avons rapidement abordé le sujet de cette rencontre.

Je ne me souviens plus de la formulation exacte mais cette femme voulait me dire qu’il y avait des solutions pour moi, en l’occurrence une opération de chirurgie de l’obésité. Elle en avait eu une et aujourd’hui faisait partie d’une association d’aide pour les personnes opérées.

Pendant cet échange, j’ai eu l’impression d’être dédoublée. Une partie de moi écoutait les explications données, les kilos perdus, les résultats …

Et une autre partie de moi était un peu choquée par cette discussion. Je n’avais rien demandé ni fait part de mon mal-être et sans préambule, elle me parle d’une solution sans savoir comment je gérais mon poids, comment je me sentais, qu’elle était mon état d’esprit… Il est vrai que j’avais fait des démarches quelques années auparavant comme je l’expliquais dans le chapitre précédent, mais elle n’en savait rien.

Etais-je à ce point mal dans ma peau que je dégageais un besoin d’être secouru ?  Ou est-ce cette personne qui transposait sa réalité à ma vie et finalement pensait que tous les obèses étaient désespérément en recherche d’aide ? Et même si c’était le cas, étais-je prête à entendre ce discours ?

Ce dialogue intérieur ne m’a pas empêché de rester calme et de prendre les coordonnées de la clinique avec la recommandation des chirurgiens qui y travaillaient. Mon émotion n’a pas pris le dessus sur mon côté pragmatique.

Pendant ma semaine de cours, je dormais à l’hôtel, j’ai donc passé la soirée devant mon ordinateur à me replonger dans les recherches sur la chirurgie de l’obésité, sur les avis d’anciens patients, sur les retours de la clinique…en mode « chien de chasse », je ne lâche pas ma proie tant que je n’ai pas toutes les informations et les réponses que je cherche, une vraie vision globale de la situation.

Suis-je heureuse comme ça ?

Est-ce que je profite de la vie ?

Est-ce que je veux autre chose ?

Après avoir eu des difficultés à rejoindre ma salle d’examen pendant les épreuves écrites de mon BTS au 4eme étage, après avoir eu des difficultés à suivre mes amis et alors que je venais de devenir tata, j’espérais autre chose.

Une autre relation avec moi-même, en état de tenir debout et de bouger sans être essouflée au bout de 5 minutes, voilà ce que je voulais.

Après quelques soirées de recherches, d’analyses de résultat, de questions personnelles, j’ai pris rendez-vous à la polyclinique.

Ma décision était prise. Je ne savais pas où ça allait m’amener mais je me sentais prête pour ce parcours, du moins je le pensais…

Quelques jours plus tard, autour d’une raclette, j’ai partagé mon projet avec ma mère. Quelle ne fut pas ma surprise quand elle me répondit qu’elle n’était pas d’accord avec mon choix.

Pour elle, la meilleure solution était d’aller dans un centre spécialisé pour avoir une rééducation alimentaire et faire de l’exercice.

Il est important de savoir que je suis très proche d’elle et donc de ne pas me sentir soutenue m’a ébranlée.

Pourtant, en parallèle je sentais bien qu’un énième régime n’était pas la solution. La théorie je la connaissais mais mes difficultés, comme évoqué dans le chapitre 1, étaient tout autre.

Je n’ai donc pas renoncé à mon idée.

Profitant d’un renouvellement de traitement chez mon médecin, je lui ai demandé son avis sur l’opération. Pour lui, le seul moyen de sortir de l’obésité était l’opération, les effets d’un centre n’étant que temporaires la majorité du temps.

Ma théorie était confirmée…

Quelques semaines plus tard, j’arrivais à mon premier rendez-vous avec mon futur chirurgien. Après le passage par le secrétariat, j’ai été surprise de voir la moitié des sièges avec un trou sur l’assise. Dans une polyclinique, dans une salle d’attente spécifique à la chirurgie viscérale et bariatrique, des meubles adaptés auraient été opportuns tout de même.

Je sais que cette pensée peut paraitre futile mais face à la dureté de la vie d’une personne obèse, se retrouver sur une chaise qui craque sous son poids est un nouveau coup dur, voir humiliant…

Au-delà de ça, tout s’est bien passée. Après le passage obligé par la balance (ce que je n’avais pas fait depuis des années), les explications sur mon parcours, les éléments de base sur les différentes chirurgies (la sleeve est une opération de technique restrictive qui consiste à retirer une partie de l’estomac, et plus précisément les deux tiers, pour former un tube. Les aliments seront alors plus rapidement envoyés vers l’intestin grêle. Le bypass est une opération à la fois restrictive et malabsorvative, qui consiste à réduire la taille de l’estomac, environ 100 ml, en modifiant le circuit alimentaire habituel, ainsi qu’à perturber l’absorption des aliments. Après l’opération, les aliments ne passent plus par le tube digestif mais vont directement dans l’intestin grêle, ce qui fait, de fait, diminuer la taille de l’estomac, qui se réduit).

Je me retrouvais avec un plan à suivre, en l’occurrence, une liste d’examens à faire pour avoir la validation de tous les spécialistes.

Mon parcours vers une opération avait débuté. Je ne savais pas encore à quoi m’attendre mais je sentais que je ne lâcherai rien malgré les réticences de ma mère.

Je sais qu’elle voulait et veut toujours le meilleur pour moi. Mais parfois notre vision des choses, nos ressentis ne sont pas les mêmes.

Comme pour toutes grandes décisions de vie, il peut y avoir des personnes réfractaires. C’est pourquoi il est essentiel d’apprendre à se connecter à Soi pour suivre la voie du cœur et ne pas se laisser influencer par nos peurs ou par celles des autres. Cette vie ne dure qu’un temps, autant en profiter pleinement.

Pour être transparente, je n’en n’étais pas encore à de telles pensées à l’époque. C’est pour cela que cette chronique existe. Mon apprentissage peut peut-être aider ou au moins montrer qu’il y a une autre voie que celle de la souffrance.

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