poeme discrimination frederic Vimes ecole Kaladvaita

Dans tout établissement de santé qui se respecte, une opération de l’obésité ne se fait pas à la légère. Elle implique un parcours pluridisciplinaire obligatoire et des ateliers facultatifs. Cela prend donc plusieurs mois dans le privé et plus d’un an dans le public.

Pour résumé, j’ai rencontré plusieurs spécialistes :

–           un cardiologue pour une échographie du cœur et un électrocardiogramme afin de vérifier qu’’il n’y a pas de contre-indication à l’opération.

–           un pneumologue afin de mesurer l’oxygénation du sang et vérifier si je faisais de l’apnée du sommeil (pratiquement 48 % des personnes ayant ce syndrome sont en situation d’obésité).

–           un gastro-entérologue pour une échographie du foie afin de voir la taille de ce dernier. Lorsqu’il est trop gros, il faut faire un régime spécifique (le régime yaourt) juste avant l’opération. Puis j’ai eu une fibroscopie gastrique qui m’a permis de découvrir de l’intérieur de mon estomac.

–           une nutritionniste spécialisée dans la chirurgie de l’obésité afin de faire un bilan sanguin et un point sur l’avant et l’après opération.

–           une psychologue spécialisée dans la chirurgie de l’obésité pour faire le point sur ma relation à la nourriture, sur l’importance de bien déguster pour apprécier vraiment ce que je mange et sur mon état mental.

Tous ces « logue » me permettent d’avoir un bilan complet et de reprendre  rendez-vous avec le chirurgien. Je n’avais pas de contre-indication et aucune maladie n’a été détectée. Je gagnais donc mon billet pour un tour en salle d’opération.

Je dois désormais choisir la chirurgie. Avec la quantité importante de poids que j’ai à perdre, les 2 alternatives sont possibles. Le by pass permet de perdre davantage mais il implique des carences nécessitant des vitamines à vie et une surveillance accrue par rapport à une sleeve.

A 30 ans et n’ayant pas d’enfant, mon chirurgien me recommande la seconde option.

Je ne vais pas hésiter une seule seconde et suivre son conseil. J’aimais bien contrôler les choses mais toutes mes lectures étaient limitées par rapport à son expérience.

Nous pouvons donc poser la date de mon opération, le 10 mai 2016, soit encore 5 mois d’attente…

Je suis obèse depuis des années et pourtant déçue de devoir encore attendre. Dans une société où nous sommes habituées à tout avoir de suite, la patience s’est tarie.

Une réunion d’informations a lieu pour les futurs opérés et la famille régulièrement afin de répondre aux nombreuses questions, d’avoir des témoignages, de rencontrer l’équipe soignante et de découvrir les ateliers mis en place pour gérer notre alimentation, pratiquer une activité physique et accepter notre nouveau corps.

Il n’y a pas de promesses miraculeuses, au contraire, on nous rappelle à maintes reprises que l’opération peut être un échec sur le long terme si nous ne prenons pas tout de suite de bonnes habitudes.

Le problème de ce discours est qu’il n’est entendu qu’au niveau du mental. Je n’arrive pas à me projeter dans un autre corps, je n’arrive pas à imaginer sortir de mes souffrances mais j’en ai envie donc comme beaucoup, je dis « oui », je ferai ce qu’il faut. Après tout, une fois le poids perdu, je vais revivre. Et avec cette base plus facile, je ne vois pas pourquoi cela ne se passerait pas comme je le veux…

Tout comme j’ai pu commencer des régimes ou prendre des décisions draconiennes sur la nourriture en étant archi-motivée, il n’en est plus de même lorsque le moral baisse, lorsque les difficultés apparaissent.

Désormais je sais que je procédais à l’envers. Je cherchais une solution à l’extérieur de moi avant même d’avoir effectué un travail en profondeur. Et là je ne parle pas de psy qui chercheraient à comprendre le pourquoi du comment alors que mon passé est passé. Je pense plutôt au parcours introspectif que j’ai effectué récemment et qui m’a permis de découvrir les bienfaits de l’instant présent et d’entreprendre une autre relation avec moi-même où j’ai pu déposer mon armure, pour sortir de beaucoup de peurs et me tourner vers la joie que je ne percevais pas jusqu’ici.

Ma mère m’a accompagné à cette réunion de groupe. Une fois ma décision prise, elle m’a soutenu et accompagné dans toutes mes chirurgies.

J’ai choisi de ne pas parler de l’opération à ma famille ou à mes amis. Je l’ai annoncé à mon frère la semaine précédente et aux autres à ma sortie de la clinique. Je trouvais cela plus simple de ne pas avoir à gérer leur inquiétude ou à me justifier.

J’ai également fait le choix de ne pas partir avec un objectif de poids à perdre. Je me connais suffisamment pour savoir que je cherche systématiquement à dépasser mes objectifs et je ne voulais pas me mettre la pression. Après avoir autant maltraité mon corps, il méritait un peu de bienveillance de ma part. Je voulais donc le laisser en paix. Je perdrais ce que j’ai à perdre. Je voulais juste me sentir mieux…

Quelques semaines avant l’opération, un compte à rebours se met en place dans ma tête et j’avoue en avoir profité pour manger tout ce qui me faisait envie : hamburger, pizza, mousse au chocolat, cookies, glace… et j’en passe.

Je partais sur un protocole d’un mois liquide, suivi d’un mois de purée pour ensuite réintégrer de petits morceaux pendant un mois de plus.

J’ai donc mangé des saloperies et fais le plein de soupe.

Le 9 mai je rentre à la clinique, dors très peu malgré un calmant. Le 10 tout s’enchaine très tôt pour être prête : douche, rasage, tenue chirurgicale et ensuite attendre…

L’opération s’est bien passée mais dans la salle de réveil j’ai regretté, pour la seule et unique fois, de mettre fait opérer.

En fait, à mon réveil, j’entendais tout ce qu’il se passait autour de moi mais je n’arrivais pas à ouvrir les yeux et à bouger. J’ai donc eu un moment de panique, j’étais enfermée dans mon corps.

Si l’anesthésie est vite passée et que j’ai repris mes esprits. je me rends compte en écrivant ces mots que j’ai vécu l’expérience concrète de ce que je ressentais et vivais métaphoriquement. J’étais douée pour fermer les yeux pour essayer d’étouffer mon ressenti en l’anesthésiant à coup de sucre.

Voilà une conclusion qui amène en général à « Pourquoi est-ce que je m’inflige cela ? ». Comme vous avez pu le comprendre à travers les différents chapitres sur mon parcours, les psy ne m’ont pas aidés à y répondre.

J’ai fait de la peinture avant-hier et j’ai joué avec des coulées d’aquarelle. J’ai observé les gouttes de peintures résister à l’apesanteur pour suivre les sillons déjà réalisés par une coulée précédente. Voilà pourquoi les empreintes négatives prennent de l’ampleur et de la profondeur ; voilà pourquoi en essayant de changer de point de vue mais en utilisant les mêmes outils, je retombais dans mes travers…

J’ai pris le temps de laisser sécher ma toile, je me suis amusée à faire autre chose avec le reste de peinture sur ma palette avant de revenir à ma première réalisation où j’ai fait du « pouring » avec de l’acrylique. Une autre technique, une autre matière qui a eu pour effet d’adoucir le tout et de laisser l’impression que les sillons se dissolvent.

Voilà peut-être pourquoi je me suis retrouvée à suivre un parcours sur les mécanismes de l’esprit alors que je ne savais même pas ce que cela pouvait être. Inconsciemment, je sentais que j’avais besoin d’essayer autre chose pour me sentir mieux.

Le cœur a parlé et cela m’a apporté tellement que parfois j’ai des difficultés à tout lister et à y croire.

Tant de changements positifs en si peu de temps, c’est possible en fait.

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