poeme discrimination frederic Vimes ecole Kaladvaita

La sleeve nécessite une opération réalisée par cœlioscopie qui dure entre 1 et 2 heures. A ma sortie du bloc, je me retrouvais avec 5 incisions d’environ 2 cm chacune. J’ai pu me lever facilement et rapidement et je n’ai pas eu besoin d’utiliser ma pompe à morphine. Les douleurs que je ressentais étaient dues au gaz injecté pendant l’intervention pour décoller ma peau et permettre une meilleure visibilité au chirurgien. Il fallait juste que je sois patiente et bouge un peu en attendant qu’il s’évacue.

Cette première nuit, toutes les 2 heures, on venait prendre mes constances, vérifier les pansements et ma douleur. Je me sentais à la fois fatiguée et surexcitée. Je ne savais pas à quoi m’attendre avec précision ni les conséquences que cela aurait sur ma vie mais un point de bascule venait d’avoir lieu. Je venais d’enclencher une action pour moi, pour aller mieux, un premier acte de bienveillance car j’estimais avoir le droit à ce mieux-être.

La seule problématique a eu lieu au milieu de la nuit, quand par réflexe, j’ai avalé une gorgée d’eau comme je le faisais avant. La douleur ressentie m’a pleinement réveillée pendant que j’allais recracher l’eau que j’avais encore en bouche. Première confrontation avec la limitation de mon estomac, désormais 80 % plus petit.

L’opération implique de devoir boire par petite gorgée, d’arrêter une demi-heure avant un repas et de ne reprendre qu’une demi-heure après afin de ne pas prendre la place de la nourriture. Mangeant toute les 3 heures, 5 ou 6 fois par jour, cela devenait une vraie organisation de s’hydrater.

Désormais je ne peux plus boire de gazeux ou prendre un chewing-gum pour éviter de redilater l’estomac. Tous mes repas et collations font exactement la même quantité : 200 ml. De plus, je devais prendre des vitamines tous les jours et attendre plus d’une heure après un repas pour aller me coucher à cause des remontées acides…

Beaucoup de personne voit la chirurgie comme la solution de facilité. Un coup de bistouri et hop. A chacun son point de vue sur la question bien-sûr mais peut-être qu’avant de juger une situation, un choix, une personne, il peut être pertinent de se renseigner sur tous les tenants et aboutissants.

Personnellement, lorsque mon chirurgien m’a conseillé de mâcher l’eau, je me suis dit qu’il devait se droguer… Lorsque la nutritionniste m’a dit la même chose, je me suis dit qu’ils n’étaient pas bien nets dans cette clinique.

La vive douleur de la première nuit à cause d’une gorgée d’eau m’a fait comprendre l’intérêt de cette pratique : ne pas avoir mal.

Ce qui peut être considéré comme un fait anodin était en fait une double leçon, sur le jugement d’une part et sur l’importance d’expérimenter les choses. Pour être transparente, je ne l’ai compris qu’à travers mon parcours introspectif lorsque mon enseignant répondait à mes nombreuses questions par « Essaye et tu verras ».

Cela m’a plus d’une fois énervée. Il savait, autant me faire gagner du temps et partager ses connaissances.

Mais en réalité qu’ai-je le mieux retenu : ce que j’avais entendu ou ce que j’avais ressenti ?

Je constate aujourd’hui l’importance de ne pas croire sur parole quelqu’un mais de tester pour vivre sa propre expérience et s’enrichir concrètement.

Le lendemain et les jours qui ont suivi, les repas n’ont pas été simples. Je devais manger en fonction de l’heure indiquée car je n’avais plus du tout de sensation de faim et je n’ai pas apprécié manger par obligation et ne plus mâcher. Au début, mes repas liquides se traduisaient par 4 ou 5 cuillères à soupe en 20 minutes et j’avais l’impression que cela me demandait vraiment beaucoup d’énergie pour si peu.

Et dire que l’on m’a répétait à plusieurs reprises l’importance de suivre le protocole pour permettre la cicatrisation de l’estomac, en prenant l’exemple de patient qui à peine sorti de la clinique, allaient au Mac Do…Après autant de difficulté pour avaler 4 cuillères à soupe ou 1/3 de biscuit pour bébé, mon cerveau n’envisage même pas la possibilité de ce que je considérais comme de la vraie nourriture. J’ai eu la chance de retrouver la sensation de faim après une quinzaine de jours au lieu de pratiquement un an et je suis passée en mode purée plus rapidement aussi, en suivant les recommandations de ma diététicienne bien sûr.

J’ai pu voir mes contradictions personnelles. Je ne supportais pas d’avoir faim et donc mangeais trop avant l’opération et là je me retrouve sans faim et je trouve cela douloureux psychologiquement.

Bref serais-je un jour satisfaite de ce que j’ai ? Je constate encore aujourd’hui ne pas prendre conscience de la chance que j’ai parfois. Il faut que je me reconnecte et constate que je suis en vie et que j’ai tout en moi, comme chacun d’entre nous.

Avec le recul, je comprends que d’aussi petites doses de nourriture ont dû mettre mon corps en mode « survie ». Je n’avais donc pas beaucoup d’énergie en plus d’être perdue devant autant de changements. Tout ceci a eu 2 conséquences :

  • J’ai perdu 12 kilos le premier mois (la moyenne étant entre 10 et 15 kilos après une chirurgie bariatrique) ;
  • Cette perte a rendu mon traitement pour ma thyroïde inadéquat, j’ai donc dû subir les effets secondaires d’une hyper-thyroïdie (insomnie et fatigue), le temps de retrouver le bon dosage.

Au lieu d’avoir 3 semaines d’arrêt maladie, j’en ai eu 2 de plus pour me reposer. Ma perte de poids commençait donc à être visible à mon retour au travail.

Le midi, je déjeunais avec mes collègues. Des hommes de terrain qui avaient un bon coup de fourchettes et pourtant je les impressionnais par la taille de « mes gamelles ». A mon retour, avec à peine une demi-assiette à dessert de nourriture, il y avait un gouffre entre la « Moi » d’avant et ce que je pouvais désormais avaler. Cela les a perturbé au début et cela a amené à des discussions plus concrètes sur mon poids.

Je pense que je peux très facilement parler de cette période comme mes changements ont donné lieu à des discussions.

J’ai fait le choix de ne pas me peser chez moi, je le ferai chez mon chirurgien uniquement pendant mes visites post-opératoire soit un mois après, 3 mois après, 6 mois après et 1 an après. Mon but était de ne pas me mettre la pression dès qu’il y avait des paliers de stabilisation. Cette décision se confirma très vite comme étant la bonne lorsque j’ai dû aller à la médecine du travail, mon arrêt ayant duré plus d’un mois. Entre un petit couac chez les RH et mes cours, mon rendez-vous a eu lieu 3 semaines après mon retour soit 2 mois post-op. Et là, j’ai eu la mauvaise surprise, lors de la pesée obligatoire, de voir que je n’avais perdu que 3 kilos ce 2eme mois. Panique et tristesse se sont succédées face à la peur d’un échec de l’opération. J’avais lu que la perte était très forte les premiers mois et diminuait par la suite jusqu’à s’arrêter entre 12 et 18 mois après l’opération.

Et pour moi, pourquoi cela commençait-il déjà à s’arrêter au 2eme mois ? J’avais pourtant suivi les recommandations de ma nouvelle diététicienne. Je respectais ce qu’on me disait et je vivais tout cela pour si peu…

Je me suis retrouvée en plein mélo dramatique, un scénario d’échec angoissant tournant dans ma tête alors que j’étais si enthousiaste à ma première pesée le mois précédent.

Il a fallu que je découvre les facteurs mentaux dans ma formation pour comprendre et surtout ressentir ce qu’était véritablement l’enthousiasme. Celle que je ne perds pas dès qu’il y a une poussière dans le mécanisme. A l’époque, je me suis de nouveau fait du mal, en imaginant le pire, la peur dictant ma vie.

En fait mon organisme a réagi différemment que la majorité des personnes opérées. Dès le 2eme mois, je me suis mise à perdre 3 ou 4 kilos par mois pendant plus d’un an puis 1 à 2 kilos pendant encore 6 mois. Cela m’a permis de perdre pratiquement 60 kilos en 18 mois, c’est-à-dire un changement en douceur que je décrirais plus en détails dans la prochaine chronique.

Mais là de nouveau, j’avais une belle leçon de vie. Je peux essayer de faire des plans, de prévoir les différents scénarios possibles, je ne contrôle pas la vie.

Mes projections, mes attentes m’ont fait souffrir et si je n’avais pas fait le choix de me peser uniquement pendant mon suivi, je me serais rendu malade moi-même.

Dans un monde où le développement personnel nous dit d’avoir un objectif bien précis afin que notre cerveau sache ce que nous voulons avec précision et s’y dirige, il est important de faire plusieurs distinctions.

En premier lieu, il est important de se demander « est-ce dans mon contrôle ?» Si j’en reviens à mon exemple : suivre les recommandations des médecins, me préparer des repas équilibrés, veiller à vérifier de temps en temps qu’il n’y a pas dérive au niveau quantité est dans mon contrôle. Combien je vais perdre, en combien de temps, sur quelles parties de mon corps et les effets sur ce dernier ne le sont pas. Cela se produit, c’est tout.

Dans un 2nd temps, avoir des attentes, c’est forcément se mettre une pression et ne pas être à 200 % dans ce que je fais actuellement, comme je suis en même temps dans la projection d’un résultat. Cela ne veut pas dire, ne pas croire en ce que l’on fait.

Par exemple lors d’un échange avec mes coachées la semaine dernière juste avant leur examen, je leur ai parlé de cette notion de ne pas avoir d’attente et comme c’était contre intuitif pour elles, j’ai pris l’exemple de mon activité.

Aujourd’hui je n’ai aucun doute sur l’école Kaladvaita, je sais, pour l’avoir vécu personnellement et par les retours des autres élèves, le bien que font nos formations et tout ce que cela apporte à toutes les personnes qui s’engagent vraiment dedans. Je vais naturellement en parler autour de moi, que ce soit sur ce que je fais, ce que cela m’a apporté, qui cela peut aider et pourquoi…bref mes interlocuteurs n’ont aucun doute sur mon enthousiasme. Peu importe la réception en face de moi, je ne suis pas déçue lorsqu’une personne n’adhère pas ou ne comprends pas complètement l’impact positif que cela peut avoir sur elle.

Je n’ai pas d’objectif chiffré qui me stresserait en l’absence de résultat concret immédiat. De cette manière, je fais les choses et partage avec cœur. Cela se ressent, mon énergie et mon investissement ne baissent pas quoiqu’il se passe car je sais au fond de moi, que les graines poussent et se développent d’abord sous terre avant d’être visible en surface. Toutes mes actions ont des réactions, avec la bonne intention au départ, je trouverais une belle intention en résultat.

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