poeme discrimination frederic Vimes ecole Kaladvaita

Comme indiqué dans un précédent article, la perte de poids après une chirurgie bariatrique dure entre 12 et 18 mois. Après cette période, il est possible d’effectuer de la chirurgie réparatrice pour retirer le surplus de peau.

Lors du dernier bilan avec mon chirurgien pour la sleeve, je lui avais demandé de me recommander un chirurgien plastique. Pour lui, tous ceux de la clinique étaient compétents. Ma sélection a été très basique, j’ai appelé le seul chirurgien qui avait mis sa photo, son parcours et le détail de ses spécialités.

Pour avoir un résultat immédiat, je suis arrivée au premier rendez-vous avec l’espoir de pouvoir avoir toutes les opérations en même temps : ventre, bras et cuisses…

Demande vite expédiée par mon chirurgien, certains de ses collègues le font mais lui ne veut pas avoir un mort sur sa table…

Difficile d’émettre des objections face à un tel argument donc soit, partons pour 3 opérations. J’ai eu la chance d’avoir une bonne mutuelle qui prenais en charge les frais réels (j’ai été opérée dans le privé, il y a donc des dépassements d’honoraires) mais mon CDD prenant fin, je ne pourrais en bénéficier à ce coût là qu’un an.

Je demande donc à programmer les opérations le plus tôt possible. Il faut laisser au corps 3 mois entre deux opérations pour qu’il n’y ait pas de risque supplémentaire avec l’anesthésie me voilà donc avec une feuille de route « opérationnelle ».

Après examen, mon chirurgien me parle d’un bodylift. Cette opération consiste à retirer l’excès de peau au niveau du dos et du ventre. En simplifié, il coupe le surplus, enlève la graisse résiduelle, tire sur la peau du haut, refait le nombril, remonte la peau du bas et recoud le tout.

Les opérations de chirurgie réparatrice après une opération de l’obésité sont prises en charge si le médecin conseil de la CPAM donne son accord. 15 jours après le dépôt de ma demande, je reçois donc une convocation pour une visite médicale.

Après un interrogatoire en règle concernant mon état de santé, mes précédents médicaux et bien sûr le parcours en détail de ma sleeve, le médecin m’explique la procédure. Elle va mesurer le surplus de peau afin de savoir si je rentre dans les critères de prise en charge. Pour les bras et les cuisses si ce n’est pas le cas, je serai reconvoquée au moment de ma demande soit 3 mois puis 6 mois plus tard.

J’ai eu le droit à un cri du cœur lorsque j’ai commencé à me déshabiller, pour les bras c’est validé juste à la vue. Après les mesures avec son mètre-ruban (il n’y a de chiffre précis, les textes disent : « dégradation majeur de la peau et tablier abdominal recouvrant partiellement le pubis »), le verdict tombe, ma demande est acceptée et les prochaines le seront également.

 

Le lundi 5 décembre 2017, je rentre à la clinique. Mon opération a lieu le lendemain matin vers 10h. En attendant, je m’installe sans trop savoir à quoi m’attendre. J’ai lu plusieurs récits sur le sujet, du top au pire…et je suis sceptique par rapport à ce que m’a dit le chirurgien. Lors du dernier rendez-vous, je suis arrivée avec un tableau Excel reprenant les opérations et toutes mes questions organisationnelles : quand vais-je pouvoir me lever ? monter les escaliers ? porter ?

Pour lui je pourrais me lever dès le lendemain, idem pour les escaliers…une partie de moi trouvé cela bizarre au vue de mes lectures mais bon le seul moyen de savoir était de le vivre.

 

Le lendemain je suis réveillée aux aurores après une courte nuit, le médicament pour me détendre et m’aider à dormir n’a pas été des plus efficaces. Heureusement, le programme de la journée consiste à dormir une grande partie du temps, l’opération durant 6 heures.

Rasage express avant de patienter, puis je vous épargne tous les détails : vérification d’identité, perf, dessin sur le corps…

 

J’ai appris de la sleeve et cette fois je ne panique pas lorsque je me réveille, je sais que mon corps est plus long que mon esprit. J’ai hâte de pouvoir parler car j’ai vraiment beaucoup trop chaud et pourtant d’ordinaire 4 couches de vêtements sont nécessaires…Mes premiers mots sont donc « j’ai chaud ».

  • « je vais éteindre un des chauffages » me dit l’infirmière

Pourquoi un seul coupez tout ; Et pourquoi il y en a plusieurs pensais-je…

  • « Vous nous avez fait peur à votre arrivée » continue l’infirmière

Je ne suis pas sûre que tu devrais me dire ça en fait, me dis-je très rationnellement dans ma tête.

Rien de mieux qu’une bonne anesthésie pour ne plus s’inquiéter de rien.

  • « Votre température était de 32° ».

Cela ne me semble pas beaucoup, c’est à partir de quoi l’hypothermie ? me demandais-je.

Je me suis renseignée depuis, le corps est en hypothermie modéré entre 32° et 34°, il passe en hypothermie grave entre 28° et 32°…

J’ouvre enfin les yeux et découvre la salle presque vide. Il est 21h30…où est passée ma journée ?

Je redis que j’ai chaud. On reprend ma température : 34,8°. Je vois les chiffres de mes propres yeux mais la chaleur que je ressens me dit autre chose, j’ai l’impression que mon cerveau beug, il ne sait plus ce qu’il doit croire…

Il y a 3 raisons qui expliquent cette faible température :

  • Tout bloc opératoire est frais et tu as juste une blouse et un drap sur toi. Une couverture de survie nous est d’ailleurs mis sur le lit à l’entrée du service.
  • La zone de mon opération (ventre et dos) ne me permettait pas d’avoir une partie du corps recouverte, le champ opératoire est large et il fallait me retourner.
  • L’opération de 6h a finalement duré 8h, mon chirurgien a vu mes abdominaux distendus donc il les a recousu.

De retour dans le service de soin, l’infirmière de nuit vient à ma rencontre et m’informe qu’il fera frais dans ma chambre car la fenêtre n’avait pas été fermée de la journée.

Me voilà avec une sonde urinaire, 2 drains de chaque cotés (tubes servant à recueillir les liquides qui s’écouleront), branchée à une pompe à morphine avec pour consignes de me mettre en chiens de fusils, de me retourner toutes les 2 heures et d’appuyer sur mes abdominaux si je dois tousser, bouger…

Le lendemain beaucoup se souviendront de cette journée comme le jour où Johnny Hallyday est décédé. Pour moi, c’était plutôt une journée de nausée due aux médicaments et de vertiges en remontant simplement le dossier du lit. Ne pouvant pas manger dans cet état, j’ai décidé d’arrêter la morphine. Pour retrouver la forme, je devais me nourrir et donc me contenter de paracétamol pour ne plus avoir de nausée.

Jeudi, le chirurgien veut que je me lève afin de retirer ma sonde. Je comprends son souhait mais mon corps n’est pas d’accord. Mes tentatives se terminent en malaise.

Vendredi, j’en ai marre, j’ai des vertiges simplement en m’asseyant. Je demande conseil à ma mère, infirmière, qui me dit de m’entrainer à passer de la position assise à allonger. Je m’y essaie doucement pour ne pas me blesser sans avoir vraiment de résultats. Parlant de mon désarroi à l’infirmière, elle me dit que je vais devoir dépasser ce cap pour aller vers le mieux et là je comprends que cela se joue dans le mental.

Formidable, me pousser, je dirai même me forcer, je sais parfaitement le faire !

L’après-midi même, je me lève, parcours deux mètres avant de m’effondrer sur la chaise à côté de la douche sous la surveillance d’une aide-soignante. Cette dernière me conseille de me mettre de l’eau fraîche pour faire passer mes vertiges et quitte ma chambre.

Je ne serai pas vraiment détailler l’heure qui a suivi. Je me suis arrosée non stop. D’abord pour me laver, puis pour rester debout quelques secondes, pour me déplacer de 50 cm aux toilettes (ma sonde ayant été retirée le matin pour éviter une infection) et pour finir assise de nouveau sur la chaise pour me coiffer. J’ai prié pour tenir le coup, tellement je me sentais mal et faible. J’ai repoussé le moment avant de faire sonner mon alarme pour demander de l’aide. 3 personnes sont arrivées l’infirmière et deux aides-soignantes pour m’aider, elles pensaient  surement devoir me relever.

L’air frais qu’elles ont apporté en ouvrant la salle de bain et surement le fait d’être rassurée de ne plus être seule m’ont permis de me relever et de retourner seule à mon lit sans vertige pour la première fois. Au vu de mon état, mon panty (obligatoire nuit et jour pendant 15 jours puis la journée uniquement 15 jours de plus) allait attendre.

Je suis surprise de sentir les regards du personnel soignants sur moi, certes je suis nue mais elles en ont vu d’autres. En fait elles observaient ma cicatrice. Il y a très peu de bodylift fait dans cette clinique et l’autre chirurgien ne fait pas le tour complet du corps contrairement au mien. Elles découvraient donc ma cicatrice à 360 °, mon corps avait été coupé en deux sur la surface.

Après un peu de repos, je me suis relevée à plusieurs reprises pour continuer à pousser mon corps, d’abord pour enfiler ce fameux panty avec l’aide des aides-soignantes qui ne savaient pas plus que moi comment faire. Heureusement à force de patience et persévérance nous avons réussis.

Je suis assez partagée sur ce moment dans la salle de bain. Je me souviens de ma détresse, de mes difficultés, du mal-être…et en même temps c’est ce qui m’a fait passer un cap. A l’époque je ne me suis pas posée de question, la dureté envers moi était habituelle mais aujourd’hui, depuis mon parcours introspectif, tout a changé.

Parfois une partie de moi retourne dans ses travers pour me pousser par la force, la douleur…mais désormais une autre partie de moi se rebelle. J’ai découvert autre chose, j’ai ressenti de la joie, du mieux-être et de l’enthousiasme grâce à l’étude et la pratique c’est-à-dire sans maltraitance envers moi.

Expérimenter cela me fait me révolter quand autre chose se présente. Je ne veux plus de ça désormais, j’aspire à mieux parce que je le mérite comme chacun d’entre nous. Je n’y croyais pas avant et cela ne m’a rien apporté de bon.

Le lendemain je m’installe d’office dans le fauteuil pour le petit déjeuner, histoire de bien montrer que je vais bien et confirmer ma sortie. Et c’est bien le cas. Ma tranquillité d’esprit est de courte durée à cause de la nausée provoquait par un médicament qui m’empêche de manger. Fait anodin mais j’ai conscience que je dois marcher et tenir debout le temps de faire les papiers de sortie et d’aller jusqu’à la voiture du taxi.

L’acte 2 de « tout est dans le mental » se met en route. Un pas après l’autre, je respire, reste concentrée sur chacun de mes mouvements et répète en boucle que cela va aller, que je vais y arriver…et c’est ce que j’ai fait. Devant la voiture, je ne me suis pas réjouie longtemps, comment est-ce que je vais pouvoir monter dans ce truc sans me faire mal ? Un mode d’emploi aurait été appréciable…

1h30 plus tard, j’arrivais chez moi, plutôt pâle d’après ma mère pour retrouver ce qui allait devenir mon plus proche ami dans les semaines à venir, le canapé.

3 jours plus tard, mon frère m’amène chez mon chirurgien pour le rendez-vous post op. Je refuse son aide de m’accompagner pour qu’il se repose un peu comme il a travaillé de nuit et n’a donc pas dormi pour m’emmener. J’ai un peu plus de force mais traverser le bâtiment pour prendre l’ascenseur et le retraverser est un marathon pour moi. Je me rends compte de nouveau que pour ne pas déranger, j’ai refusé l’aide de mon frère alors que j’en aurai eu besoin…

Après m’être fait doublée dans le couloir par un enfant d’environ 18 mois….j’ai les félicitations de mon chirurgien qui m’a observé lorsque je me suis levée de la chaise et en marchant vers son bureau. Je me tenais bien mieux que ces patientes qui n’avaient été opérées que du ventre.

Il est très enthousiasme et me demande si je suis contente du résultat. Je réponds oui par automatisme et me rends compte que je ne me suis pas observée dans le miroir. J’ai vu ma taille pour la première fois sans bourrelet mais sans regarder l’ensemble, je n’y ai même pas pensé…

15 jours plus tard, j’ai osé changer de rituel et l’effet boomerang a vite retenti. Pour prendre ma douche, je dois retirer mon panty et m’allonger le temps que le sang circule pour éviter un malaise puis je monte et fais une pause dans ma chambre avant d’aller prendre ma douche assise sur un tabouret. Pour une fois, j’ai omis la pause dans ma chambre et à la sortie de la douche, patrata, début d’un malaise.

Le lendemain, je sens un liquide chaud à l’arrière de mon panty et le montre à ma mère. Mon médecin traitant avait raison, il m’avait dit que l’arrêt initial d’un mois ne serait pas suffisant car il y aurait un endroit où ça allait se rouvrir. Je suis assise, il n’y a que mon ventre qui est déboutonné et pourtant je fais un vrai malaise cette fois.

Le corps prend cher tout de même avec ce genre d’intervention…

6 semaines après, je reprends le boulot après 2 mois d’arrêt pour 4 semaines avant ma prochaine intervention. Je fais des courses et suis très contente d’avoir pris un panier pour ne pas porter jusqu’à ce que je me rende compte à la caisse que le panier restait là. J’ai juste 2 sacs de courses et quelques centaines de mètres avant ma voiture…résultat ma cicatrice s’ouvre de nouveau sur le côté cette fois.

Note à moi-même : penser au drive et demander à son copain de rentrer les courses quand il arrive…

J’en reviens à une conclusion de base : qui peut prendre soin de moi mieux que moi ? Je me suis blessée pour avoir beaucoup de courses pour faire plaisir à quelqu’un…c’est une leçon qui me laisse une marque visible à vie sur mon corps.

La marche et les cours de Yoga offert dans ma formation que je fais depuis quelques mois n’y changeront rien par contre, cela peut commencer à engendrer du positif. Pour une fois, sur une longue période j’apporte du positif à mon corps. Il y a eu un avant et un après la salle de bain pour tenir debout, il y a désormais un avant et un après mon parcours introspectif concernant ma relation avec moi-même, dans ma globalité.

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