poeme discrimination frederic Vimes ecole Kaladvaita

Dans le dernier article, je vous résumais brièvement comment j’en étais arrivée là. Je vais désormais entrer un peu plus dans le détail de certaines problématiques, sachant que là encore il s’agit de mon interprétation personnelle de la situation.

A quel âge avez-vous vécu votre première histoire ?

L’âge moyen du premier baiser en France est 13 – 14 ans. Cela a eu lieu un peu plus tard me concernant.

Au collège, moment des premiers flirts, mes meilleures amies, danseuses, jolies avaient des prétendants. A côté, en surpoids (oui parce qu’avant l’obésité il y a plusieurs stades…) avec des vêtements ne me mettant pas en valeur, j’étais d’office la bonne copine qu’on approchait pour en apprendre davantage sur mes amies.

Petit aparté : ce stratagème ne fonctionne pas, la bonne copine ne dit que ce qui a été prévue par le groupe.

 

Il y a 20 ans, les magazines, les publicités et les séries (je suis de la génération sitcom du club Dorothée) mettaient déjà en avant la minceur comme une norme.

A l’adolescence, il n’y a pas de nuance de gris, uniquement du blanc et du noir. Le moindre détail devient d’une importance cruciale dans la vie. Et faire partie d’un groupe, être intégré est essentiel à cet âge.

Les garçons veulent entrer dans le moule et sortir avec des filles minces. Inconsciemment, je trouvais cela normal et me comportais naturellement comme la super copine.

Voilà pourquoi mes premiers émois, sourires complices, bisous en cachette ont été vécus par transfert, à travers mes amies (cela m’a permis de commencer à développer mes qualités d’écoute). 

Le collège ne dure que 4 ans. Ce n’est rien dans une vie. Mais lorsque l’on se sent différente, jugée, moquée… chaque journée de cours semble interminable.

Le lycée est un autre monde, plus grand, avec des adolescents plus âgés donc plus réfléchis en théorie.

Mon poids était plus important, ma confiance en moi au plus bas et la relation avec moi-même était compliquée.

Je me positionnais naturellement comme la bonne copine, comme avant. Les habitudes ne s’efface pas comme cela, que cela concerne le comportement ou les pensées et donc lorsqu’on s’intéressait à moi, je ne comprenais pas pourquoi.

Comment pourrait-on m’aimer alors que moi je ne me supportais pas ?

Les études vont pratiquement toutes dans le même sens : l’obésité est repoussante. De plus, les adolescents, sensibles au regard des autres,  influencés par les médias, voient dans le poids un sujet de préoccupation physique majeur. Plus d’1 adolescent sur 2 (55%) affirment ainsi qu’être mince est essentiel pour eux (Ipsos santé).

Ma question était donc dure mais je me la suis posée pendant des années. Comment je pouvais démarrer une relation avec ce ressenti ?

Je n’avais pas les mots à l’époque pour exprimer mon mal-être, c’était visible autrement : le cercle vicieux de la nourriture, l’isolement,  les vêtements amples et noirs…

J’avais créé ma propre dualité avec l’envie d’être amoureuse et aimé en retour…mais en parallèle, j’étais mon propre bourreau, responsable de ce manque que je créais moi-même.

Parce que oui, « une grosse » n’est pas « la fille » avec qui on veut être vu au lycée même si tous les hommes ne sont pas à mettre dans le même panier.

Cette période de transition vers la vie d’adulte est déstabilisante pour beaucoup, on se cherche et il est facile de croire qu’il n’y a pas d’issue, que c’est comme ça et pas autrement.

Je me disais que tout serait plus simple si j’étais intéressée par les femmes, j’avais plein d’amies super sympas et elles je les laissais entrer dans ma vie… mais voilà, nous ne choisissons pas notre attirance. Et surtout, avec des « si » nous refaisons le monde alors que tout part de nous.

Je me suis rendue compte il y a peu, en retombant sur des poèmes de l’époque, que j’attendais qu’un homme vienne par son amour me sauver, me rendre heureuse, me permettre de m’aimer et de m’accepter comme je suis…

Je mettais toutes mes attentes dans « mon sauveur », celui qui m’aimerait et saurait m’approcher malgré mon bouclier…

Avec un tel mode de pensées, un manque d’amour pour moi, des complexes sur mon physique et mon manque d’expérience, je suis restée célibataire et meurtrie par cela.

Que se passe-t-il lorsque vous mélangez tous ces ingrédients ?

Cela s’est traduit par un premier petit ami qui ne répondait à aucune de mes attentes et envies, il était loin le prince charmant sur son grand cheval blanc… Une relation de quelques mois, en mode sauveuse… à me perdre et ne pas du tout vivre l’idylle que je m’imaginais petite fille, comme beaucoup de mes amies qui n’avaient pas de problème de poids.

Ce vécu provoque 3 choses :

  • Je fais attention à ce que je lis à ma nièce de 6 ans pour ne pas lui ancrer qu’un beau prince charmant va venir la sauver et qu’ensuite elle sera heureuse grâce à lui…
  • Je conseille à toutes femmes de d’abord commencer à s’aimer Soi avant de chercher une moitié ;
  • Je laisse toujours très peu d’hommes entrer dans ma sphère intime, que ce soit amoureuse ou amicale, mais désormais je les choisie mieux.

Aujourd’hui, je me rends compte que les difficultés de l’époque sont loin et que cela ne m’a pas empêché de me construire.

Les empreintes négatives s’effacent au profit du positif que je mets dans ma vie. Si à l’époque, on m’avait dit ce que je deviendrai, je ne l’aurai pas cru. J’étais trop ancrée dans mes souffrances. Mais j’aurai peut-être aimé qu’une adulte vienne partager sa vulnérabilité, son vécu et son évolution pour entrevoir un rayon de soleil.

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