poeme discrimination frederic Vimes ecole Kaladvaita

La vie est un cycle dans lequel s’entrecroise une multitude d’autres cycles. L’étape de la  scolarité par exemple, se découpe en plusieurs phases : le primaire, le collège, le lycée…

D’enfants jouant ensemble aux billes, au foot, à la balle au prisonnier…pendant les récréations, cela évolue en groupes d’adolescents se comparant, se jugeant voir s’infligeant certaines souffrances…

Besoin d’Etre en dominant l’autre, besoin d’individualité et de reconnaissance, besoin de faire partie d’un groupe et d’être validé par les autres…tout cela se manifeste tout au long de cet apprentissage.

D’où vient ce besoin d’un bouc émissaire ?

Il n’y a pas besoin de grand-chose pour être une source de moquerie : les vêtements que l’on porte, son physique, son comportement décalé, une situation personnelle différente…

1 élève sur 10 serait victime d’harcèlement scolaire à l’école, voilà les derniers chiffres de 2019.

J’ai pu en entendre des choses sur moi : grosse vache, thon, la grosse, gros tas… quelques mots prononcés ici et là pour faire rire ou pour se rassurer en se donnant de l’importance.

Il y a seulement un petit point négligé dans cet échange, qui n’en n’était pas un en réalité car je me taisais et baissais la tête, le poids des mots se transformait en maux.

Ce n’est pas mon poids qui me posait problème au début, même si c’était un symptôme face à mon mal-être, mais la réaction des autres qui m’a blessée et m’a fait entretenir un cercle vicieux : je suis mal, je mange, je prends du poids, on se moque, je le prends mal, je me rejette, j’essaie de faire taire la douleur avec de la nourriture… c’était ma solution de l’époque.

Les adolescents ayant été la cible de moqueries et de harcèlement au sujet de leur poids,  présentent, une fois adultes, un risque d’obésité en moyenne deux fois plus élevé que les autres, conclue une étude de l’université du Connecticut.

Les mots sont souvent rejoints par des réflexions, des piques, des moqueries, des jugements…c’est facile face à quelqu’un qui ne réponds pas et c’est drôle devant les autres.

Pourquoi n’ai-je rien dit ?

Petite, on m’a appris à répondre aux imbéciles par le silence. C’est ce que je me disais mais au fond de moi j’espérais qu’en ne disant rien, les gens allaient se lasser et passer à quelqu’un d’autre (c’est égoïste mais c’est la réalité, j’espérais secrètement que cela serait le tour d’une autre personne pour être un peu en paix).

Ensuite je me disais que j’avais l’habitude et que cela n’avait pas d’importance.

Ce leitmotiv était faux, tout était douloureux. Mais au fond je trouvais cela normal, j’étais grosse, c’était ma faute… Mon estime était au plus bas et ma vison de la vie plutôt sombre, comme les vêtements perpétuellement noirs que je portais.

Voilà comment en quelques mois, je suis passée d’une petite fille souriante et joueuse à une ado pour qui c’était une vraie souffrance de sortir de chez elle.

Je faisais les 100 pas chez moi, visualisant chaque moment de ma journée en espérant pour que tout se passe bien ou plutôt que rien ne se passe aujourd’hui. J’essayais de contrôler l’incontrôlable à la force de mes pensées, c’est ce qui me permettait de réussir à sortir.

Je retenais mon souffle toute la journée, toujours sur le qui-vive pour être prête au cas où…jusqu’à la libération, le soir, dès la porte de chez moi fermée.

Enfin quelques heures pour souffler et être tranquille…

Le harcèlement moral est courant pour les personnes en surpoids et obèses.

Parfois, comme pour moi, cela va plus loin.

Une bousculade, un léger coup de pied… « la graisse empêche la douleur » m’a-t-on dit.

Alors non, biologiquement, la graisse n’a pas un effet « airbag ».

Un coup reste un coup. Un bleu passera rapidement mais la blessure psychologique qu’il engendre marque en profondeur.

Et ce geste n’a pas été effacé par les centaines de crêpes que je m’avalais au goûter dans l’imagination de mes détracteurs.

Quelle part d’ombre et quelles souffrances cachaient au fond d’elles toutes ses personnes ? S’en prendre au physique de quelqu’un est d’une simplicité enfantine. Se moquer, insulter, frapper quelqu’un n’est pas une source de bonheur. La pseudo satisfaction de se croire supérieur aux autres montrent une grande détresse.

Enfin cela, je le comprends aujourd’hui, après un travail sur moi de reconstruction et d’apprentissage des processus.

A l’époque, je ne voyais pas le bout du tunnel et je gardais tout pour moi engendrant dépression et phobie scolaire comme je l’ai évoqué dans l’article précédent.

63 % des enfants obèses sont victimes d’harcèlement scolaire

Ma maison était mon sanctuaire et cela l’ai resté de nombreuses années. Encore récemment je ne parlais pas délibérément de ce qui me blessait ou de ce qui n’allait pas dans ma vie, donner un bâton pour me faire battre, non merci.

L’avantage est que cela a fait murir mes qualités d’écoute.

Le chemin pour en sortir de cette souffrance a été très tortueux parce que là encore, je n’ai rien dit sur ce que je vivais ou ressentais. Mon corps l’exprimait en me rendant malade m’apportant des pauses dans ce quotidien en noir et blanc.

Harcèlement moral et violences physiques auraient pu être limités si j’en avais parlé mais pas forcément. Le passé est tel qu’il est. Essayer de le refaire à coup de « et si » ne change rien à ce qui a été vécu. Par contre ma perception actuelle et ce que je vis est de ma responsabilité.

Aujourd’hui je me réjouis en voyant se mettre en place des numéros (non au harcèlement, appelez le 30 20), des associations, des lieux de parole pour les personnes qui subissent ce traumatisme, et au fond, je me rends compte en écrivant ces mots que j’ai de la compassion pour les personnes qui m’ont fait subir cela.

Je sais désormais qu’elles étaient dans leur propre souffrance et j’ai compris aussi qu’utiliser la violence envers autrui a été destructeur pour elles également. Alors qu’eux doivent vivre avec cela, pour ma part, j’ai appris à me relever et à me révéler.

Le parcours introspectif de l’école Kaladvaita que je viens de finir m’a appris à abolir le passé et à m’accueillir aujourd’hui dans ce que je suis, prête à aider les autres.

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