poeme discrimination frederic Vimes ecole Kaladvaita

Vous arrive-t-il de faire un arrêt sur image et de vous demander où tout a basculé ?

Comment suis-je passée de la petite fille regardant la campagne environnante, sentant les roses, me croyant la reine de la Nature, à ce que je suis aujourd’hui?

Je pensais que tout était possible, que la magie se trouvait partout et que mes mains faisaient fleurir les fleurs…à l’inverse, je me retrouvais recroquevillée dans un corps qui m’insupportait où je pleurais tous les soirs.

Pendant des années, enfermée dans un monde sombre, dans le monde que je mettais créé, j’avais l’impression que la douleur faisait partie de moi.

J’avais emmurée la petite fille joyeuse, confiante et rêveuse. Dans cette structure, les relations ne sont pas évidentes.

J’ai pu faire référence dans les articles précédents, de mes blessures induites par le comportement et/ou les mots de certaines personnes.

A cette époque, étant complètement attachée au regard des autres , cela a eu des répercussions sur mon attitude au quotidien.

Dans un premier temps, je n’allais jamais vers les autres. Je me mettais plutôt en mode « observatrice », en retrait. J’aurai souhaité me mettre dans un trou de souris.

J’étais tout de même accessible et souriante mais je restais sur mes gardes et il me fallait beaucoup de temps pour me confier.

La peur du rejet était toujours là en toile de fond et je me suis fait prendre à mon propre piège.

Pour ne pas souffrir, pour ne pas me sentir rejetée, je prenais moi-même, inconsciemment du recul. A force de donner moins de nouvelles, de ne pas venir aux soirées…les liens se coupaient progressivement.

Ne pouvant pas changer un fonctionnement dont je n’avais pas conscience, j’ai reproduit ce schéma à plusieurs reprises, même devenue adulte.

Aujourd’hui, mes plus anciennes amitiés ont 20 ans, uniquement parce que mes amies ne m’ont pas laissé m’auto-saboter, elles ne m’ont pas laissé m’éloigner.

Dans un deuxième temps, ma difficulté à prendre les choses comme elles viennent, mes peurs m’ont conduite à souvent m’isoler et à me perdre moi-même.

Pour être accepté, pour ne plus avoir mal, je m’adaptais aux autres continuellement. J’étais et il m’arrive encore de l’être, celle qu’ils avaient besoin que je sois.

Cela a eu plusieurs avantages : les gens peuvent être eux-mêmes avec moi, ils n’ont pas peur d’être jugé, ils se sentent écoutés voir compris parfois. Quant à moi, j’ai appris des autres, je sais m’adapter et j’ai appris à me connaitre par rapport aux reflets renvoyés…

Par contre, je me suis aussi totalement déconnectée de moi à plusieurs niveaux :

  • Emotionnel : manger ses émotions, ce n’est pas les accueillir et écouter le message derrière ;
  • Corporel : ce corps n’était qu’un poids pour moi ;
  • Relationnel : qui suis-je ? A m’oublier face aux autres, à ne pas m’écouter pensant que j’avais tort, à m’enfermer pour avoir un faux sentiment de sécurité, je ne savais même plus ce que j’aimais ou avais envie de faire. La seule certitude est que j’avais se désir de plaire et d’être comme tout le monde.

Afin d’oublier ce ressenti, j’ai cherché à tout contrôler dans ma vie au lieu de la vivre. Je me suis sentie très seule même en étant entourée et je me suis habituée à cette situation. Je n’ai donc pas cherché à entrer en contact avec d’autres personnes, bien au contraire, me punissant moi-même en ne m’apportant pas ce que j’avais besoin. Je me suis empêchée de créer de bons souvenirs, alors que cela m’aurait aidé à avancer.

L’amitié est précieuse dans une vie mais comme toutes relations, cela ne doit pas être une béquille.

Mon grand-père était très sportif depuis toujours. Il en a donc fait faire d’office à ses enfants et avait cette affinité avec ses petits-enfants. Mais l’activité physique n’a jamais été mon truc. Les cours de sport en primaire n’en étaient pas,  et ma seule activité extra-scolaire de l’époque était le club d’échec.

Ma prise de poids et mes difficultés n’ont donc pas été compris par lui ce qui engendrait des conseils maladroits tournant autour de la discipline. Difficile de nous retrouver sur le même plan, lui qui avait connu la guerre et la faim et moi l’adolescente en souffrance qui mangeait pour essayer de faire face.

De plus, adolescente, je n’appréciais pas du tout l’inégalité de la vie. Mon frère pouvait manger une pizza entière au goûter et rester mince alors que moi je grossissais à la vue d’une barre de chocolat…

Il est vrai qu’il était beaucoup plus actif que moi et que je ne me contentais pas de regarder le chocolat en général. Mais n’étant pas très portée sur une vision à long terme du fonctionnement de l’organisme et des effets de la nourriture, j’étais juste frustrée et jalouse de lui.

Les relations familiales sont complexes parfois. Pour ma part, elles étaient liées à mon état d’esprit.

Je ne supportais pas mon corps, je souffrais, je ne voyais pas le bout du tunnel donc la moindre remarque d’un membre de ma famille sur mon poids provoquait cris, pleurs, excès de colère et coups dans les murs.

L’ironie de la situation était que les non-dits ne m’apaisaient pas, au contraire.

Le silence me donnait l’impression d’être incomprise et me faisait me sentir encore plus seule.

Dans un cas comme dans l’autre, peu importe ce que pouvait dire ou faire mes proches, je m’isolais et les rejetais.

Comment pouvait-il comprendre ce que je vivais ? ce que je ressentais ?

Bien sûr, si j’analysais chaque instant, je pourrais dire qu’il y a eu des erreurs, des incompréhensions mais au fond nous avons tous réagi et fais face comme nous le pouvions, dans nos réalités respectives avec l’affect de l’époque.

Pour en revenir à ma question initiale, je ne pense pas qu’il y a un moment précis où tout bascule. Nos choix, notre vision des choses, notre ressenti et nos réactions proviennent d’un ensemble de facteurs qui interagissent dans l’arrière-plan de la conscience.

C’est lors de mon parcours introspectif que j’ai pu prendre du recul sur ce que je vivais, ce que j’avais vécu et comprendre les mécanismes qui s’enclenchaient.

Je ne pouvais pas avoir des autres ce que je ne pouvais pas me donner.

Par contre, en changeant ma relation avec moi-même, j’ai pu commencer à ouvrir la porte vers l’extérieur. Et dès que j’ai travaillé sur moi, j’ai pu accueillir toutes les belles personnes que la vie mettait sur mon chemin et vivre de vrais bons moments.

Je ne peux pas revenir sur le passé et ma perception des choses de l’époque mais je peux continuer à apprendre à me connecter à ma boussole intérieure pour me diriger vers le soleil et saisir tous les moments de joie que je capte désormais.

Il y a quelques jours, j’ai dit à un ami que tout n’était que changement. Cette simple phrase lui a fait peur. J’ai pu le comprendre car c’est un fait difficile à accepter lorsqu’on se rassure en essayant de tout contrôler, comme j’ai pu le faire des années et comme il m’arrive encore d’essayer de le faire.

Aujourd’hui cette phrase me rassure et m’apporte beaucoup. Elle m’invite à ne pas m’identifier aux difficultés et douleurs que je vis car tout change et elle me permet de profiter pleinement des moments de joie et d’accalmie comme je sais que rien ne dure.

Maintenant, je remercie ce passé qui m’a fait prendre conscience de mes souffrances et qui à travers mes études, ma persévérance et mes rencontres me permettent d’aller vers cette harmonie intérieure et cet éveil de conscience.

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