poeme discrimination frederic Vimes ecole Kaladvaita

Les vacances d’été sont une vraie manne professionnelle pour les jeunes. C’est ce qui m’a permis de trouver mes premiers petits boulots : hôtesse de caisse, employée de blanchisserie, au guichet d’une banque, vendeuse en boulangerie…

Dès l’obtention de mon permis, comme je m’y prenais tôt pour mes recherches, je trouvais tous les étés un job pour financer mes études.

Je n’étais donc pas préparée à la face cachée du monde professionnelle : la discrimination à l’embauche.

J’étais naïve, je le suis encore parfois, mais ne pas imaginer le pire chez les gens me convient très bien aussi. 

Je suis arrivée sur le marché du travail avec une grande question : « qu’est-ce que je veux faire de ma vie ? ». J’ai donc postulé à tout ce qui semblait être dans mes capacités.

Il y avait plusieurs raisons pour ne pas être prise: manque d’expérience, manque de qualification, surdiplômée, études inadéquates, profil ne correspondant pas au poste…mais certains regards et certaines questions subtiles indiquaient autre chose.

Un rapport de 2016 sur les discriminations physiques indique :

  • Les femmes subissent deux fois plus de discrimination à l’embauche à cause de leur apparence physique par rapport aux hommes ;
  • Les femmes obèses sont discriminées huit fois plus que les femmes qui ont un Indice de Masse Corporelle normal ;
  • Les hommes obèses sont discriminés trois fois plus que les hommes avec un IMC normal.

Cette discrimination peut perdurer après l’embauche avec des postes sous-qualifiés, moins de promotions, des ruptures de contrats plus fréquentes…

De plus, 45% des demandeurs d’emploi interrogés estiment qu’il est acceptable de refuser un emploi à quelqu’un du fait de sa corpulence.

Quelques années plus tard, en CDD dans une entreprise, j’ai pu discuter avec une responsable RH de la discrimination due au poids.

A l’époque, j’avais conscience que cela existait mais je pensais que cela se limitait à certains milieux accès sur la représentation.

Cet échange m’a vraiment fait prendre conscience de tous les préjugés qui existaient sur les personnes comme moi, obèses.

Au-delà de l’aspect esthétique comme dans certaines boutiques où il est peu probable de trouver une vendeuse mettant une taille 52, il y a d’autres limitations :

  • Pratique : être obèse implique de prendre plus de place que la moyenne, certains lieux ou certaines structures ne sont pas adaptées ergonomiquement ;
  • Sportif : les métiers nécessitant de rester debout plusieurs heures d’affilées ou impliquant de beaucoup bouger ne vont pas prendre une personne obèse au risque de ne pas savoir gérer la cadence ;
  • Santé : l’obésité est une maladie. Embaucher une personne malade veut dire prendre le risque d’accumuler les arrêts maladies.
  • Incompétence : je n’ai pas compris le lien entre compétence et poids mais c’est un fait, certaines personnes pensent que « obésité » implique « incompétence » ;
  • Fainéant : des kilos en trop impliquent de ne pas faire ce qu’il faut et cette fainéantise se reflète dans tous les domaines de vie pour certains ;
  • Physique : il y a des individus qui vont ressentir du dégoût et/ou du rejet face à une personne obèse.
  • Grossir peut arriver à tout le monde pour différentes raisons et donc il y a souvent une peur cachée, une zone d’ombre inconsciente qui se répercute dans leur comportement.

Je n’avais pas conscience de tout cela. Je vivais l’obésité de l’intérieur avec ce que ça impliquait pour moi dans les différents aspects de la vie, avec mes propres limitations,  douleurs et doutes sans imaginer le jugement supplémentaire auquel j’avais droit.

D’où viennent tous ces préjugés ?

Toutes sortes d’hypothèses peuvent être proposées avec une accumulation de facteurs mais chercher à en valider une serait une perte de temps et d’énergie.

De plus, la majorité des recruteurs n’ont même pas conscience de faire preuve de discrimination. L’apparence physique et le culte du corps comptent tellement dans la société actuelle, que ce genre d’analyse se passe en dixièmes de seconde dans l’arrière-plan de la conscience. Et la réponse « Non » lors de l’entretien apparait sans justification dans l’esprit de la personne.

Il est donc plus important et intéressant de se demander comment changer les choses ?

Je n’ai pas de pouvoir magique et je sais que je ne peux pas faire changer les autres.

Tout part de Soi.

J’ai fait le choix de travailler sur Moi, sur ma vision de la réalité, mon comportement, mes réactions, pour sortir de mon identification à « je suis obèse ». Me mettre moi-même dans un cadre, me rendre malade, m’enfermer dans mon corps pensant que je ne méritais pas mieux, baisser la tête face aux exigences de ce monde, m’ont empêché d’être la fille que je voulais et de vivre tout simplement.

Grâce au parcours introspectif Esprit-Cœur, à l’étude et à la pratique quotidienne, ma vision de la réalité a évolué, mon comportement envers moi-même à changer. Ce n’est plus moi et mon boulet de corps en totale opposition.

Toute action a une réaction. Plus de bienveillance envers moi engendre des conséquences positives.

Je ne peux pas transformer le monde mais je peux changer la vision que j’en ai et à ma petite échelle contribuer à faire émerger le potentiel de chacun en montrant que derrière les nuages, il y a toujours le soleil.

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