Quelle folle et trépidante histoire d’amour. Un amour sans le A. Je vais donc l’exprimer sous sa forme simplifiée comme étant « la mour ». Eh oui, je suis une Miss, une vraie Miss pour ne pas dire une Lady. Je m’appelle Miss Tinguette, j’ai trente-huit ans et j’ai déjà vécu au moins …… ? Ben trente-huit ans !

Introspection ! introspection ! on n’arrête pas de me bassiner les oreilles avec ça. La condition humaine n’est pas simple en générale, mais plus spécifiquement, celle de la femme encore moins. Introspection ! J’ai déjà le gynécologue, le banquier quand mes comptes sont douloureux, les impôts qui introspectent généreusement, le psy quand mon univers s’écroule ; mais aussi mes parents qui ont dû être inspecteurs de police dans une ancienne vie ; mes copines, des lieutenants confirmées ; mon boss au boulot qui épie tous mes faits et gestes et qui surtout essaie d’introspecter sous ma jupe. J’ai beau être une grande Lady j’introspecte et suis introspecté en permanence. Cela ne suffit pas ! Je dois aller encore plus dans les profondeurs pour nettoyer les empreintes du passé qui remontent à la surface lorsque celles-ci font échos à un quelque chose ou quelqu’un qui devient subitement le miroir de moi-même à travers des filtres de l’illusions qui se manifestent dans mon esprit conditionné par un égo ignorant et surdimensionné. C’est ce qui est marqué sur la brochure ! C’est du chinois hébraïque en verlan.

Je n’ai absolument pas besoin de faire tous ces trucs inutiles qui prennent un temps fou et qui ne servent à rien. Il n’y a pas de mal à souffrir et à pleurer de temps en temps, certes ces temps-ci se reproduisent fréquemment, mais ce n’est tout de-même pas une raison. Cela fait dix ans que je vois ma psy et tout va très bien. Elle est adorable et ne prend que soixante euros les quarante-cinq minutes. Je la considère comme ma grande sœur. Parfois on rigole beaucoup. Une fois ou deux. Elle habite dans une grande et magnifique villa avec piscine dans les hauteurs de la ville mais n’a jamais le temps de m’y inviter. Ce n’est pas faute de lui demander à chaque séance. J’adore ma psy. Je ne sais pas à quoi elle sert mais elle me fait du bien. Elle au moins, ne me parle pas de spiritualité et encore moins d’introspection. Dix ans déjà avec ma psy. Incroyable quand je pense à cela.  Elle est complètement accro à ma personnalité. Elle insiste à chaque fois pour que je revienne la semaine d’après et surtout elle me rappelle qu’il est important de ne jamais, non jamais louper une séance. Heureusement qu’elle est adorable et honnête, je pourrais presque imaginer qu’elle en voudrait à mon argent. Mais non, pas elle. Une femme si intègre et intelligente.

L’autre jour, en marchant dans le parc, près du lac, j’ai rencontré un groupe de personnes assis dans l’herbe, les yeux fermés. On aurait dit des statuts. Ils étaient immobiles. Je suis restée planté à les regarder puis au bout d’un moment ils sont sortis de leur hibernation champêtre. L’une d’entre elle me regarda et me fit un grand sourire puis m’invita à m’assoir à côté d’elle. M’assoir dans l’herbe avec mon magnifique jogging tout neuf. Impossible. Je suis restée debout et on s’est mis à discuter. Elle me demanda si je connaissais la méditation. Inconnu au bataillon. Je lui répondis que je voyais une psy depuis dix ans. Elle rit poliment. J’ai insisté sur le fait que ma psy était super. Elle re-rit encore plus poliment. Je fini par abdiquer et lui suggérant de m’expliquer ce qu’était la méditation. Elle m’expliqua qu’il était nécessaire de concentrer son esprit vers un point précis afin de calmer l’agitation du mental et de laisser les vertus émaner afin de se connecter à la totalité pour atteindre la paix intérieure. C’est ce que je fais tous les jours quand je regarde ma série lui répondis-je. Je me concentre sur mon épisode, ce qui à l’effet immédiat de me calmer et de ressentir cette paix intérieure. ; Sauf lorsque cela se termine mal. Lorsque j’ai dit ça, cette pauvre personne se mit à pleurer toutes les larmes de son corps. Je n’ai pas compris pourquoi. Pour une fois que je rencontrais quelqu’un avec qui j’avais des points en commun. Je me suis dit, Tinguette, oublie don jogging et assis toi près d’elle pour la consoler. Elle posa sa tête sur mon épaule, son nez coulait sur mon chemisier à dix-sept euros cinquante en promo, pour m’expliquer qu’elle venait de rencontrer la compassion et que son cœur pleurait de joie. Qui ça lui ai-je demandé ? Je ne comprenais rien à son charabia : son cœur qui pleure de joie.  J’essayais de m’imaginer un cœur en train de pleurer parce qu’il est joyeux. Tout cela me dépasse complètement. Ça suffit ! d’un coup je me levais et d’un coup elle tomba, ce qui est normal lorsque l’on retire subitement la béquille d’un vélo. « C’est gentil toutes vos petites histoires, mais je ne comprends rien et je vous invite à aller voir ma psy, car elle est hyper sympa. Voici sa carte »

Elle prit la carte, me dévisagea comme si je venais de Venus, ce qui est le cas, et me remercia en utilisant le mot gratitude, gratitude, gratitude.

Je ne lui répondis « de rien, il ne faut pas en faire une affaire, ce n’est que l’adresse de mon psy »

Heureuse d’avoir fait une bonne action, je file à mon rendez-vous car ma psy n’attend pas, je vais avoir une belle histoire à lui raconter.

Mais tout cela n’est rien par rapport au reste. Il est vrai que depuis j’ai beaucoup appris de mes erreurs mais je vous raconterai cela dans un prochain épisode de ma folle histoire de vie.