Quelle folle et trépidante histoire d’amour. Un amour sans le A. Je vais donc l’exprimer sous sa forme simplifiée comme étant « la mour ». Eh oui, je suis une Miss, une vraie Miss pour ne pas dire une Lady. Je m’appelle Miss Tinguette, j’ai trente-huit ans et j’ai déjà vécu au moins …… ? Ben trente-huit ans !

 

Non mais, vous m’imaginez, moi, sur ces deux planches à glisser en plein milieu des montagnes avec un froid de canard. C’était la première fois que je voyais de la neige et que j’en mangeais aussi. Dans un premier temps il me fallait trouver une tenue adéquate qui pouvait marier à la fois le look et la gestion du froid polaire. Je les voyais toutes avec leur espèce de babygros boudinant semblables à des bonhommes Michelin.

Aucune allure, aucune féminité. Pour ma part, j’ai trouvé un petit fuseau slim et moulant en coton étanche de couleur rose bonbon assorti à un chemisier col en V. Impossible de mettre un bonnet car je sortais de chez coiffeur pour l’occasion, ni des gants car ma French manucure ne me le permettait pas. J’avais parfaitement géré le look et j’ai vite compris que ce n’était pas le cas de la gestion du froid. J’ai tenu trente minutes avant de commencer à trembler de partout. Mais une Lady ne renonce jamais et surtout ne montre rien. Dans un premier temps, j’ai compris que faire du ski réchauffait le corps après plus de quarante-cinq minutes de luttes acharnées pour enfiler les chaussures. J’étais en nage dans le magasin de location.

Mais c’est seulement une fois dehors que j’ai subi un choc thermique que je ne suis pas prête d’oublier. Les gouttelettes d’eau qui ruisselaient dans mon dos se sont instantanément transformées en glaçons. Je ne vous raconte pas lorsque j’étais assise dans le télésiège et que tout mon corps c’est durci par le froid. Je ne pouvais plus tourner la tête, ni même déplier mes bras. Cette montée était interminable. Je ne savais absolument pas où j’allais ni comment je m’étais retrouvée là. Alors que je tentais d’avancer avec mes skis et mes bâtons pour remonter la pente car je ne savais pas qu’il existait des remontes pentes, un groupe d’individus hyper à l’aise m’a bousculé, poussé, entouré comme si j’étais avec eux. Ils ne me voyaient pas, et ne faisaient que rire et discuter.

Tout à coup, j’étais assise sur ce fauteuil métallique, en plein courant d’air et complètement congelée en train de me diriger vers le sommet de la montagne. Tout en grelottant, je demandais à mon voisin où cela allait-il bien nous mener. Il me répondit avec un grand sourire que nous allons bientôt arriver à la seule piste noire que ce télésiège desservait qu’il nomma « le couloir de la mort ». Quel humour avait ce jeune homme. Je laissais échapper un petit rire hystérique qui camouflait mal le total manque de confiance en moi. En plus d’être complètement gelée, j’étais pétrifiée à l’idée de mourir dans un couloir. Nous survolions la forêt, suspendus dans le vide et je m’accrochais à mon voisin comme une guenon à sa branche.

-« on va bientôt arriver au sommet, vous devez me lâcher maintenant, je vais remonter la protection » ordonna l’homme qui ressemblait à une branche. La peur m’envahie lorsque je compris que le vide était partout autour de moi, mais surtout devant. Ne pas descendre avant l’arrêt complet du train. Sauf que j’ignorais que le télésiège ne s’arrêtait pas. J’étais tétanisée. Alors, j’ai mimé mon héros et j’ai sauté au même moment que lui. Sauf que lui savait faire et moi non. Le premier ski toucha le sol mais pas le deuxième. Alors que je voulais aller sur la droite, je suis allée sur la gauche en faisant le flamant rose, sur une patte, pour terminer dans un talus de neige poudreuse qui s’infiltra jusque dans ma culotte. Je pleurais des glaçons et mes genoux jouaient aux osselets. Le temps de me sortir de ce pétrin et de me retourner pour trouver le départ de la piste, je me suis rendu compte de ce gigantesque espace de solitude.

J’étais seule, au sommet d’une montagne, en chemisier et complètement gelée, dans une panique effrayante car je ne trouvais pas le fameux couloir. Même pas une porte ni même un panneau qui indique la direction. Je voyais bien des traces sur le sol qui se dirigeaient vers une pente, mais elle était tellement raide qu’il m’était impossible de m’en approcher. Perdue, tétanisée, à l’agonie, frigorifiée, je pleurais tous les glaçons de mon corps. C’est seulement après deux heures de temps sans bouger, debout sur mes skis tel un piquet, alors que le remonte pente était à l’arrêt et que la nuit commençait à tomber, qu’un hélicoptère est spécialement venu pour me secourir. J’ai pu être hélitreuillée jusqu’à l’hôpital où j’ai séjourné le restant de la semaine. Plus une partie de mon corps ne pouvait bouger, seul mon cœur battait et mes yeux qui pouvaient aller de gauche à droite et de droite à gauche. C’est le jeune homme de la montée qui ne m’a jamais vu descendre. Il a compris que je n’étais pas au bon endroit. Il a eu la présence d’esprit d’appeler les secours. Certes un peu tard, mais mieux vaut tard que jamais.

Personnellement je préfère le sable chaud et les lagons, sauf que la seule fois où j’ai rencontré ces lieux magiques, j’ai encore terminé à l’hôpital car je me suis endormie en pleine après-midi au pic du soleil. Complètement brûlée. Ce n’est pas simple les vacances. Il se passe toujours quelque chose. Je n’ai jamais raconté cela à mes parents de peur qu’ils se moquent encore de moi. Même si j’ai l’habitude qu’ils se moquent.

Mais tout cela n’est rien par rapport au reste. Il est vrai que depuis j’ai beaucoup appris de mes erreurs mais je vous raconterai cela dans un prochain épisode de ma folle histoire de vie.